Whistleblowing dans une grande banque internationale : retour d’expérience sur le déploiement d’un dispositif d’alerte interne

Temps de lecture : 4-6 minutes

Le whistleblowing désigne les dispositifs de lancement d’alerte qui permettent à des salariés ou à des tiers de signaler, de façon sécurisée et confidentielle – parfois anonymement – des faits graves ou contraires à la loi au sein d’une organisation, afin qu’ils puissent être examinés et traités.
Les signalements peuvent porter sur des situations de nature RH (harcèlement, discrimination…) ou sur des manquements éthiques ou de conformité (non-respect des règles internes, fraude, corruption…).

Dans les grandes organisations, et particulièrement dans le secteur bancaire, les dispositifs sont désormais solidement encadrés pour assurer la protection du lanceur d’alertes.

La Directive européenne 2019/1937, transposée via la loi Waserman en France, exigences accrues des autorités de supervision : le cadre réglementaire impose aujourd’hui aux entreprises de mettre en place des mécanismes fiables, sécurisés et traçables de traitement des alertes.

Sur le terrain, en revanche, ces projets dépassent largement la simple mise en conformité.

C’est ce qu’a illustré un projet accompagné avec succès par Althéa pour une grande banque internationale, dans le cadre du déploiement d’un dispositif d’alerte harmonisé à l’échelle de plusieurs pays.

Le contexte : harmoniser un dispositif existant dans un groupe international

La banque disposait déjà de dispositifs d’alerte dans certaines entités.

Cependant, ces mécanismes présentaient plusieurs limites :

  • des processus différents selon les pays
  • des outils hétérogènes ou locaux
  • une visibilité limitée au niveau groupe
  • une gestion des alertes difficile à consolider et à piloter.

Dans un contexte réglementaire renforcé, le groupe a donc engagé un projet visant à :

  • harmoniser les processus de traitement des alertes,
  • déployer un outil unique de whistleblowing,
  • sécuriser la gestion des données sensibles,
  • renforcer le pilotage global du dispositif.

Althéa a été sollicité pour accompagner ce projet, de la phase de cadrage jusqu’au déploiement opérationnel.

Les enjeux identifiés : conformité, données sensibles et gouvernance

Très rapidement, le projet a révélé plusieurs enjeux structurants.

1. La protection des données

Un dispositif de whistleblowing implique la gestion d’informations particulièrement sensibles :

  • identité du lanceur d’alerte
  • faits signalés
  • personnes potentiellement mises en cause.

Dans un groupe bancaire international, cela pose des questions critiques :

  • localisation des données
  • conformité aux réglementations locales
  • sécurisation des accès
  • confidentialité absolue des informations.

La gestion de ces données est devenue le cœur du dispositif.

2. La complexité réglementaire internationale

Le groupe opérait dans plusieurs juridictions avec :

  • des législations différentes sur le whistleblowing
  • des exigences variées des autorités de supervision
  • des contraintes spécifiques en matière de protection des données.

L’objectif était donc de trouver un équilibre entre harmonisation globale et adaptation locale.

3. La gouvernance du traitement des alertes

Au-delà de l’outil, le projet a rapidement soulevé des questions organisationnelles :

  • Qui est responsable du traitement d’une alerte ?
  • Quelle est l’autonomie des entités locales ?
  • Comment gérer les cas sensibles impliquant des managers ?
  • Comment garantir l’indépendance des enquêtes ?

Le projet a ainsi mis en lumière un enjeu central : la gouvernance du dispositif d’alerte.

L’approche d’Althéa

Pour répondre à ces enjeux, Althéa a structuré le projet autour de plusieurs étapes clés.

1. Cadrage et diagnostic du dispositif existant

Cette phase a permis d’identifier :

  • les processus existants dans les différentes entités
  • les écarts réglementaires
  • les contraintes techniques et organisationnelles.

2. Formalisation d’un modèle cible

Avec les équipes Compliance, RH, IT et Data Protection du groupe, Althéa a contribué à :

  • définir les processus de gestion des alertes
  • clarifier les rôles et responsabilités
  • structurer la gouvernance du dispositif.

3. Aide au choix de l’outil

Le projet a ensuite intégré une phase d’évaluation des solutions du marché.

Les offres et approches des principaux acteurs spécialisés (Navex, EQS, Whispli) ont été analysées selon plusieurs critères :

  • sécurité et protection des données
  • gestion des accès et ségrégation des informations
  • workflows d’enquête
  • reporting consolidé
  • capacités multilingues.

4. Déploiement et accompagnement

Enfin, Althéa a également accompagné :

  • le paramétrage de la solution retenue
  • la mise en place des workflows
  • la conduite du changement
  • la formation des gestionnaires d’alertes.

En termes de planning, le projet s’est déroulé sur une durée de 14 mois :

  • Cadrage, formalisation de la cible et préparation du RFP : 4 mois
  • RFP/ choix de la solution/ contractualisation : 5 mois
  • Paramétrage et déploiement international : 5 mois

Les enseignements clés du projet

Ce retour d’expérience met en évidence plusieurs facteurs clés de succès.

1. Clarifier la gouvernance avant l’outil

L’outil ne peut pas résoudre seul les arbitrages organisationnels.

Les rôles et responsabilités doivent être définis en amont.

2. Harmoniser sans uniformiser

Un dispositif international doit intégrer les contraintes locales tout en garantissant une cohérence globale.

3. Construire la confiance dans le système

Un dispositif conforme mais peu utilisé n’atteint pas son objectif.

La confiance des collaborateurs est essentielle.

4. Piloter le projet comme une transformation transverse

Un projet de whistleblowing mobilise plusieurs fonctions :

  • Compliance
  • RH
  • IT
  • Data Protection
  • Risk.

Il doit donc être piloté comme un projet transverse de gouvernance des risques.

En conclusion

Le déploiement d’un dispositif de whistleblowing dans une grande banque internationale ne consiste pas seulement à installer un outil conforme à la réglementation.

Il s’agit de structurer un système capable :

  • de protéger des données extrêmement sensibles,
  • de traiter efficacement des situations potentiellement critiques,
  • et de renforcer la maturité du dispositif de gestion des risques.

Comme l’illustre ce projet accompagné par Althéa, la réussite repose avant tout sur la gouvernance, la confiance et la structuration des processus.

Vous souhaitez échanger sur ces enjeux ou sur un projet de whistleblowing ?

olivier collet

Rédaction

Olivier Collet, Senior Expert en transformation des organisations